Misericordia

Date

02 Déc 2022
Expiré!

Heure

20h00
  • Tarifs: 6€ à 19€

Emma Dante

1h15 / spectacle en italien surtitré en français / tarif 2 → de 6 € à 19 €

texte et mise en scène Emma Dante
avec Italia Carroccio, Manuela Lo Sicco, Leonarda Saffi, Simone Zambelli
traduction Juliane Regler
création lumière Cristian Zucaro
surtitres Franco Vena et Cécile Marroco

Il est peu de metteurs en scène qui parviennent à montrer la difficulté de la condition humaine de façon aussi belle, juste et entière. Emma Dante est de ceux-là. Dans le Sud de l’Italie, trois femmes tricotent le jour et se prostituent la nuit. Elles ont pris sous leur aile l’enfant d’une autre, né avec une déficience mentale, qu’elles enveloppent d’un amour sans borne. Leur vie est faite d’éclats de voix, de rage et de rires. Leurs corps parlent autant que leurs mots.
De cette ardeur à survivre jaillit la beauté, une danse de la fureur à la puissance émotionnelle rare.
Emma Dante déploie un théâtre sans artifices, intense et radical, qui oscille entre douceur et brutalité, humour et gravité, pour dénoncer les archaïsmes d’une société où pèse encore le poids du patriarcat, de l’Église et de la mafia.
Une fresque intime, familiale et sociale, qui rend 
hommage aux femmes et aux mères. Puissant.

Production : Piccolo Teatro di Milano – Teatro d’Europa ; Atto Unico, Compagnia Sud Costa Occidentale ; Teatro Biondo di Palermo ; Carnezzeria.
Photo © Masiar Pasquali.

“Présenté lors du Festival d’Avignon 2021, Misericordia de la sicilienne Emma Dante déploie un théâtre d’une puissance émotionnelle et d’une force poétique rares.

Émotion et beauté
Misericordia met en scène Anna, Nuzza et Bettina, trois femmes qui vivent dans la pauvreté, trois prostituées unies par l’amour qu’elles portent à l’enfant mutique de leur sœur de misère, morte sous les coups de son mari. Ce fils handicapé, Arturo, qu’elles élèvent ensemble, est le cœur battant de la maison, aimé par ces trois mères à la querelle facile, qui savent retrouver leur entente lorsqu’il s’agit de prendre soin d’Arturo, chacune à sa manière. Italia Carroccio, Manuela Lo Sicco et Leonarda Saffi incarnent magnifiquement ces femmes combattantes et rudes, qui n’ont rien, mais donnent tout, savent par exemple emplir une valise d’objets précieux par l’amour et la mémoire qu’ils représentent. Jamais mièvre, la chorégraphie des corps se noue entre la force rageuse des mères et le désespoir absolu des démunis. Pantin fragile, derviche émotif magistralement interprété par le danseur Simone Zambelli, Arturo emplit l’espace et les cœurs, se transforme, et prononce le mot de « mamma » lors d’une scène incroyablement poignante. « Le théâtre est pour moi un gymnase où la tête et le cœur s’entraînent constamment à ne pas oublier. Il est l’endroit où, chaque jour, nous faisons de la gymnastique et des pompes à mémoire » confiait Emma Dante dans nos colonnes. Impressionnant de maîtrise, nourri de tradition sicilienne, le geste artistique d’Emma Dante atteint l’universel. Grazie mille, madame Dante…”

Agnès Santi – Journal La Terrasse

Pourquoi ce titre et ce thème : Misericordia ?

Misericordia, pour moi, est une machine d’amour.
Un lieu terrible, misérable, étroit ; mais où pourtant naît l’amour. Ce mot en italien est composé de deux éléments :
la misère et le coeur. Mais aussi parce que cette valeur –humaine et non religieuse – est selon moi essentielle en ce moment de notre histoire. La miséricorde est parente de la pitié, de la compassion et, de manière plus éloignée, de la solidarité ; c’est une manière d’attendrir nos coeurs, pour trouver la force en nous d’accepter et d’accueillir les plus vulnérables. Or nous vivons un temps de grande intolérance entre les êtres humains, surtout envers ceux qui ont le plus besoin d’être accompagnés. C’est pourquoi il est important à mes yeux que le public ait un regard miséricordieux envers l’histoire de Misericordia, et qu’il accepte cette famille réduite à vivre dans des conditions indignes, inacceptables.
D’une certaine manière, la miséricorde concerne le public plus que les personnages. Parce que pour ces trois femmes, elle est toute naturelle. Elles ne se demandent pas si elles sont d’accord pour aimer Arturo ; elles l’aiment, c’est tout.
Malgré leurs difficultés elles acceptent cette situation et trouvent en elles de la compassion pour lui. Elles l’accueillent, prennent soin de lui, font attention à ce qu’il ne tombe pas… puis elles l’envoient dans un lieu meilleur. En l’occurrence, une institution spécialisée – mais à leurs yeux, comparé à cette maison, cela ne peut être que mieux.

Entretien réalisé par Marie Lobrichon en février 2020

Cinéma : Palerme (2014, 1h34) de Emma Dante, dimanche 4 décembre à 17h30